

Il y a des moments dans la vie où l'on regarde dans le rétroviseur, soit pour apprécier le chemin parcouru, soit pour s'accorder un moment de réflexion afin de choisir une nouvelle direction. Et c'est là que l'on s'aperçoit que l'on a laissé quelqu'un sur le bord de la route, quelqu'un qui est descendu trop tôt à un arrêt, et à qui l'on n'a pas rendu suffisamment hommage.
Le poète Jean Deshuis est né en 1928 à Valenciennes et commence à écrire en rouchi à partir de 1949. Il habite Marly les Valenciennes et travaille sous les ordres de Guy Ville, le maire de la commune, qui fit beaucoup en faveur de notre langage traditionnel, en organisant pendant plusieurs années des concours littéraires.
Jean Deshuis écrit beaucoup, en patois de son pays mais aussi en français, des poésies, des chansons, des nouvelles, des contes, et il obtient de nombreux prix. Il est distingué par les Rosati d'Arras dont il devient membre, il reçoit une distinction du président du Sénégal Léopold Segar Senghor à l'occasion d'un concours international. Il participe à de nombreuses émissions radiophoniques et rédige régulièrement une rubrique patoisante dans le journal local.
Il s'adonne aussi à la peinture et à la musique. Il crée à Marly une association théâtrale, « Les Rouchissants » et, en compagnie de ses amis, Jean Dauby, Roger Bar, Michel Damez, il anime les maisons de retraite de la région. Il n'a malheureusement pas le temps de réaliser tous ses projets : il décède en 1986.
Le poète pourrait donner des leçons de déclaration d'amour à la manière de Géraldy : « Si j' saros m'aparler ainsi qu'les vrais poètes, est-ce que j't'in diros d'pusse ? Réponds-min, ed' pusse que quand j'té serre ainsin, et qu' pus d'chint fos, pus d'chint mille fos, ej' té l'dis, té l'ardis, té l' radis, m'cœur in foufielle, Ti, Ti, Ti, seul'mint fauqu'Ti ! ».Il sait aussi le dire en français : « L'espoir est en moi, chevillé jusqu'à l'âme, à défaut de rêver, permettez que j'espère : si l'espoir fait vivre, Madame, je pourrai vivre plus vieux que Dieu le Père ».Il s'émeut en se rappelant les chants de tziganes, « récappés des croisates d'Adolf » dans un convoi : « Bin pus tard, j' ai r'connu l'air des gins du voyache, Django Rheinhard, leu frère, rinserré dins ses nuaches, l'air que juottent les tziganes, dins eun' holène ed' fier, et qui cante à m'n'orelle, comme si qu'cha s'rot hier » L'holène ed' fier, bien sûr, c'est le convoi de chemin de fer, car l'holène, c'est la chenille : dans la grande picardie diversifiée on dit aussi, eun' caplute, eun' carpluse, eun' casée ou gazé, eun' querplu ou eun' onaine.
Le poète sème, la génération suivante récolte et poursuit l'ouvrage. Sa fille, Annie Bacouet a pris le relais et préside Les Rouchissants d' Val'inchiennes: célébrations de Noël, représentations théâtrales, émission patoisante sur Radio Club (105,7 FM), animations dans les associations et dans les maisons de retraite...la troupe apporte la bonne humeur, fait revivre not' vieux parlache et les textes de Jean Deshuis. « Longtemps, longtemps après que les poètes ont disparu, leurs chansons courent encore dans les rues ! »
Guy Dubois
Si té veux in savoir plus, lis La Voix du Nord du 12.02.2012. Rubrique « Parlaches »
« Les Rouchissants ». Contact. Annie Bacouet
7 rue Roger Salengro 59990 Préseau
Tel. 09 54 96 20 19 ou 06 78 19 04 50
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